Le NILIF est-il mauvais?

Publié le par Johanne Parent

Article écrit et publié par : Kelly Gorman Dunbar
(épouse du Dr Ian Dunbar DMV), le 10/01/2009

Traduction : Johanne Parent

Récemment, j’ai lu dans un article que le NILIF était inclus dans la catégorie des mauvais outils en entraînement des chiens. Ma réponse initiale fut, “ c’est absurde!”

Puis je me suis mis à réfléchir…

L’article mentionnait, entre autre, que l’utilisation du NILIF causait du stress “parce que le chien perd toute prévisibilité et routine dans sa vie, perd tout contrôle d’accès à tous les éléments de récompense de sa vie”.

Malheureusement, l’article expliquait aussi que le NILIF est un programme basé sur la croyance (fausse) que les chiens ont besoin des humains pour être les substituts des chefs de meute ou alpha, afin de nous respecter suffisamment pour répondre à nos ordres.

Vous vous demandez peut-être, qu’est-ce que le NILIF?

L’une des voies principales utilisées pour convaincre un chien d’exécuter nos ordres est le principe Premack, qui veut dire que nous demandons au chien de faire quelque chose de nouveau, sans récompense naturelle, et nous lui offrons ou lui permettons une activité ayant une plus grande valeur de récompense pour lui. Exactement comme le « mange tous tes épinards et tu pourras avoir de la crème glacée », marchandage que beaucoup de parents vont offrir à leurs enfants. En ce sens, nous retenons l’accès à quelque chose de bon jusqu’à ce que le chien acquiesce à nos demandes. Un exemple : nous aimerions entraîner notre chien à ne pas devenir fou au bout de la laisse ou à ne pas passer la porte en fou juste parce qu’elle est ouverte. On apprend donc au chien que la présentation de la laisse ou l’ouverture de la porte sont des signaux de s’asseoir poliment et d’attendre que la laisse soit attachée au collier pour aller dehors et profiter des plaisirs qui y sont associés.

En d’autres mots, le chien apprend que la meilleure façon d’obtenir ce qu’il veut est via son manieur (celui qui tient la laisse) et jamais en dépit du manieur. Après un certain temps, le comportement initial que nous essayons d’enseigner au chien devient une forte récompense parce qu’il est couplé avec d’autres activités géniales pour lui.

C’est un bonus additionnel et l’entraînement est à son meilleur. Maintenant le chien vas s’asseoir poliment avant la promenade parce qu’il anticipe une activité extérieure positive.

Plusieurs entraîneurs emploient cette tactique par l’utilisation de “récompenses vitales” en entraînement. C’est une excellente façon d’obtenir un meilleur entraînement et pour convaincre votre chien que de porter attention sur vous est une bonne idée, même face à de grandes distractions comme d’autres chiens jouant au parc ou un gros poulet rôti sur le comptoir de la cuisine.

Malgré ça, certaines personnes utilisent le principe de Premack au maximum en laissant uniquement leur chien avoir accès aux choses qu’il aime ou dont il a besoin via l’achèvement de certains exercices. Cette somme de contrôle nécessite beaucoup de direction parce que le but est de s’assurer que le chien n’a jamais la possibilité de s’auto-renforcer (obtenir quelque chose d’agréable ou de nécessaire par lui-même). Cette méthode de manipulation (c’est-à-dire d’entraînement) est souvent référée comme étant le NILIF, dont l’accronyme est « Nothing In Life Is Free » (Rien dans la vie n’est gratuit).

C’est une façon judicieuse d’entraîner, parce que vous devenez le focus de votre chien, mais ironiquement, il y a un prix à payer.

Comme je l’ai dit précédemment, entraîner de cette façon demande beaucoup de direction et la majorité des gens qui emploient le NILIF ont du succès parce qu’ils contrôlent l’environnement du chien en tout temps. Pour faire ça, le chien ne peut pas vraiment avoir de période de liberté, s’il en a, spécialement au stage initial de l’entraînement intensif, ce qui (si le chien est un chien de sport, de compétition ou de travail) peut vouloir dire plusieurs années ou toute une vie.

Le NILIF n’est pas la tasse de thé de tout le monde. Les critiques vont de ceux qui croient que c’est cruel parce qu’il ne permet pas au chien d’être juste un chien. D’autres croient que ça fonctionne parce que ça crée a syndrome de Stockholm canin car le chien est comme prisonnier.

Ma réflexion à propos du NILIF?

Dans sa forme pure, je crois que ça correspond de près ou de loin à ce que la plupart des propriétaires ont besoin ou souhaitent en vivant avec un chien. C’est aussi extrême et limitative, et non réellement souhaitable pour la plupart des propriétaires de chiens de compagnie qui veulent réellement décrocher avec leur copain canin et qui peut-être n’ont pas besoin ou se fiche de la précision en entraînement, ou d’un haut taux de focus et de motivation.

C’est beaucoup de travail. Pus de travail que ce que la majorité des personnes peuvent y consacrer, parce que si vous devez limiter la joie de vivre de votre chien lorsque vous n’êtes pas là pour être le focus, vous feriez mieux d’être certain que vous passez beaucoup de temps avec votre chien, pour le sortir et être sûr que ses besoins physiques et mentaux sont comblés sur une base quotidienne. C’est très facile pour un chien de devenir négligé dans ce type de situation si le manieur se laisse aller, n’est pas soigneux, ou devient insensible à un chien dans une cage. Dans sa pire forme, les chiens sont mis à l’écart comme des équipements sportifs lorsqu’ils sont inutilisés.

Même s’il y a certaines circonstances où le NILIF peut être employé habilement et être un outil occasionnel de choix (ne jamais dire jamais), je crois aussi qu’il peut facilement mener à l’abus et devenir la marque d’un entraînement paresseux. Pas paresseux dans le sens que c’est facile, j’ai déjà que c’est beaucoup de travail et de soins pour correctement entraîner un chien sous ces conditions, mais paresseux dans le sens de la créativité et de la relation avec le chien. C’est relativement facile d’obtenir qu’un chien fasse ce que vous voulez ou trouve que vous êtes la chose la plus intéressante au monde quand il n’a absolument rien d’autre qui se passé dans sa vie, aucune liberté, pas d’autres options.

Malgré tout, je ne le vois pas comme un programme réductif. C’est du “Premack Extrême”. Ça fonctionne à cause des principes d’apprentissage, pas parce qu’une perception magique de l’alpha qui contrôle tout est mis en place.

Et, sur cette note, je ne vois pas comment l’auteur de cet article qui a inspiré ce texte peut possiblement dire qu’utiliser le NILIF cause une perte de prédiction chez le chien. C’est le contraire, le NILIF rend la vie extrêmement prévisible et contrôlée, ce qu’un chien recherche et comprends; c’est pour ça que ça fonctionne si bien. Et même si c’est vrai qu’un chien NILIF n’a pas de contrôle libre de sa vie (réellement, qu’est-ce qu’un chien de compagnie fait?) ça donne au chien une clarté des conséquences et une constance dans la forme de contrôle sur les accès aux ressources via son comportement et c’est le point réel.

En ce qui concerne l’idée que le NILIF cause du stress, bien, le stress n’est pas toujours mauvais. Je ne prétends pas que le stress doit être éviter à tout prix. Seulement l’abus. Une certaine quantité de stress n’est pas seulement bonne, mais aussi impossible à éviter dans la vie. Ultimement, la clarté et la constance réduisent le stress et rendent la vie du chien plus facile, donc c’est mieux qu’un environnement sans règles, imprévisible, et un manque de communication claire que plusieurs chiens vivent à cause des manies des humains.

Aucune forme d’entraînement n’est sans stress. La vérité est que la plupart de ceux qui se nomment « entraîneurs positifs » (je déteste ce terme!) utilisent un certain degré de rétention dans le but de manipuler l’environnement du chien, principalement en utilisant les récompenses de la nourriture pour améliorer l’entraînement et la réponse aux distractions. La plupart des chiens reçoivent encore des gratouilles gratuites sur le ventre et courent libre dans le parc.

Ce n’est pas la même chose que le NILIF (où l’important est RIEN n’est gratuit). J’ai entendu le terme utilisé quand les gens pensent avoir appliqué le principe de Premack et utilise la récompense.

Est-ce seulement matière à sémantique? Vous dites NILIF, je dis Premack? Dans ce cas, je ne crois pas. Nous, professionnels, avons appris à être soigneux avec nos termes et instructions à cause de l’absolue restriction qu’implique le NILIF et son potentiel abusif ou mal interprété particulièrement par le public général. Ce qui, je pense, est le point de cet article en question que je fais.

Tout outil peut être utilise efficacement ou abusivement et le NILIF ne fait pas exception. Dans les mains d’un entraîneur professionnel pour les chiens de sport ou de travail ça peut être la meilleure option.

Je pense que l’important est de garder en tête que le bien-être physique et mental du chien et entraîner doucement et clairement en restant efficace fait le travail; parce que le bon entraînement est ce qui garde les chiens joyeux, en sécurité, et dans leurs foyers, ce qui est le but ultime.

Donc est-ce que le NILIF est mauvais? Est-ce même ce que la plupart d’entre nous utilisons réellement en entraînement? Dites-le moi.

Mot de la traductrice Johanne Parent :

J’ai vu l’utilisation extrême dont parle Kelly dans son article. Extrême car le chien est utilisé uniquement pour les compétitions sportives et où, en dehors des weekends de concours, il est confiné dans un enclos et oublié là. Ces chiens sont gardés dans des conditions strictes et seul le manieur a le droit de « jouer » avec le chien et de lui offrir de l’attention. En dehors des périodes de concours ou d’entraînement, les chiens sont nourris et les enclos nettoyés par un valet de chenil (lad) sans porter attention aux chiens. Le but est de garder le focus sur la performance en concours. On ne laisse pas le chien prendre de mauvaise habitude de travail et, question stress, difficile de dire si le niveau est plus élevé chez ces chiens que chez ceux partageant la vie quotidienne dans la maison.

La personne qui veut utiliser adéquatement le NILIF doit se mettre en situation chenil-concours. Dans la maison, il est trop facile de céder à la tentation de caresser la tête de son loulou sans rien lui demander avant. Il est trop facile de lui offrir de l’attention gratuite… ce qui détruit l’effet réel NILIF et réduit son efficacité.

Si votre but est d’utiliser le NILIF, vous devez :

· maintenir une constance quotidienne

· introduire des conditions en toutes circonstances
(tu fais ceci et moi je te donne cela)

· suivre des règles strictes, spécifiques

· mettre de côté la nourriture, car elle n’est pas utilisée comme récompense

· utiliser des récompenses comme le jeu, le repas ou la liberté

Peut-être que cette vision plus militarisée de l’entraînement canin ouvre encore une fois la porte au concept de la dominance? Les utilisateurs croient plutôt qu’il s’agit d’un style qui conduit à une meilleure performance de travail.

Le concept de « Rien n’est gratuit dans la vie », je l’ai toujours enseigné…mais pas de façon aussi stricte que ce que le NILIF est dans la vie réelle.

J’enseigne simplement aux gens de toujours demander quelque chose à leur chien avant de donner une récompense quelconque (caresse, nourriture, jouet, etc). Par exemple, le chien vient vous voir et vous voulez lui caresser la tête? Demandez-lui d’abord de s’asseoir, puis caressez-le. C’est l’heure du repas? Demandez-le de s’asseoir ou de se coucher, puis d’attendre. Déposez sa gamelle au sol, puis dites-lui « ok vas manger! ».

C’est ce principe du « Rien n’est gratuit » qui favorise le lien entre son propriétaire et le chien. C’est ce principe que j’enseigne depuis des lustres et qui évitent bons nombres de déviations comportementales, car il enseigne un certain savoir-vivre au chien, mais surtout des autocontrôles.

Rappelez-vous que, en ce qui concerne les techniques d’entraînement, aucun outil ou aucune méthode n’est universelle et fonctionne avec tous les chiens sans exception. Les chiens super orientés sur la bouffe et qui sont entraînés au clicker et à la récompense gustative, sont souvent endommagés psychologiquement parlant. Ces chiens sont presque constamment en situation de stress. Vous n’avez qu’à observer la salivation et leurs pupilles dilatées en période d’entraînement…

De plus, tous les manieurs ne peuvent être à leur aise dans l’utilisation de tous les outils de travail. Certaines personnes n’auront jamais un bon timing avec un clicker et devront utiliser autre chose.

Des discussions animées concernant les différentes méthodes ou outils ont lieu sur Internet, parmi les professionnels canins et les simples propriétaires ou amateurs de chiens. Ces discussions sont parfois houleuses et je crois sincèrement que la vie est beaucoup trop courte pour perdre du temps et de l’énergie dans ces combats.

L’important en éducation canine et en entraînement du chien, c’est de comprendre le chien et de combler ses besoins. Le renforcement positif est l’idéal, mais il ne consiste pas uniquement en donner de la bouffe au chien chaque fois qu’il fait quelque chose de bien. Le renforcement positif est bien plus que ça…

Le NILIF n’est aucunement une façon d’entraîner en associant de la nourriture avec une bonne action ou un comportement désiré. Le NILIF est une façon de vivre complètement différente utilisée dans un concept de chien de travail… jamais dans un concept de chien de compagnie.

Le NILIF est-il mauvais?

Publié dans éducation canine