Amoureux du chien… ou extrémistes?

Publié le par Johanne Parent

Protéger le chien et favoriser son bien-être est un grand pas en avant pour notre société. Vouloir lui offrir un statut autre que celui d’un simple bien de consommation est louable et démontre un réel désir d’accepter le chien comme un membre à part entière de la famille.

Malgré ce désir d’améliorer la situation du chien, il est dommage de constater que beaucoup de ces amoureux du chien portent des œillères. En fait, trop pris dans leurs émotions, ces gens sautent aux conclusions et oublient que chaque médaille possède aussi un revers, ainsi que son pourtour. Une médaille possède donc 3 côtés que l’on nomme tout simplement « points de vue ». Ne soyons pas extrémistes. Essayons de visualiser ces différents points de vue concernant les sujets « chauds » du moment au Québec.

Selon les représentants des SPA/SPCA, la province de Québec serait la « capitale du puppymills » en Amérique du Nord. J’aimerais bien voir le rapport statistique récent sur lequel se base cette déclaration. Sachant qu’il existe des milliers de puppymills aux États-Unis et des centaines d’autres dans divers provinces canadiennes, je doute que le Québec soit le #1 de la liste des producteurs de chiots.

Ces mêmes SPA/SPCA poussent le bouchon un peu trop loin en prétendant que c’est la faute des éleveurs s’il y a autant de chiens abandonnés chaque année. Les statistiques prouvent que le nombre de chiens de race pure (enregistrés) est très faible comparativement à tous les sans papiers, qu’ils soient croisés ou de type (ressemblant à une race précise) qui se retrouvent en fourrière/refuges/SPA/SPCA. L’abandon de chiens est dû uniquement au fait que les gens les achètent sur un coup de cœur (ou de tête), négligent leur éducation et ne prennent pas leur responsabilité « parentale » envers leur animal de compagnie. Accuser les éleveurs en général, revient à dire que tous les noirs sont des « si » et tous les italiens des « ça ». C’est purement et simplement de la nuisance discriminatoire, voir du racisme!

La plupart des éleveurs de chien de race pure ont un contrat de vente dans lequel ils expliquent les garanties de santé offertes. Ce contrat possède très souvent une clause qui dit que si le propriétaire ne peut plus garder son chien, il doit en aviser l’éleveur qui le reprendra ou l’aidera à trouver une nouvelle famille.

Considérons maintenant qu’un éleveur est un professionnel qui produit uniquement des chiots de race pure (enregistrés). Qui sont les autres producteurs de chiots?

  • Particuliers : possédant un chien de compagnie non stérilisé, ces propriétaires irresponsables font souvent reproduire sous de faux prétextes
    (Lili sera plus épanouie si elle a une portée. Les enfants auront la chance de voir le miracle de la naissance. Je n’ai pas d’argent pour faire stériliser. Je veux un enfant de mon chien. C’est naturel de reproduire.)
  • Producteurs : possédant des dizaines, parfois des centaines, de chiens qu’ils font reproduire pour vendre les chiots en animalerie ou via les petites annonces des journaux ou Internet. Ces chiots sont sans papiers, et la plupart du temps issus de croisement entre races reconnues.
    (voici quelques exemples : Schnauzer+Caniche = Schnoodle, Labrador+Bouvier Bernois = Labernois, Bichon+Yorkshire = Morki)

Dans son désir de vouloir éliminer ces « mauvais » éleveurs, les amoureux des chiens publient régulièrement des mentions du genre : « N’encouragez pas les élevages… Adoptez dans les refuges ». Cette mention est erronée et devrait se lire comme suit : « Achetez chez un éleveur reconnu de race pure (enregistré) ou adoptez dans un refuge. N’encouragez pas la vente de chiots sans papiers ou croisés. »

Les chiens abandonnés en refuges proviennent en grande majorité des particuliers qui n’ont aucune connaissance réelle de l’élevage et des producteurs qui sont les véritables puppymills. Tous les chiots vendus en animalerie proviennent aussi de ces particuliers irresponsables ou des producteurs. Soyez réalistes. Aucun éleveur professionnel (chiots exclusivement enregistrés) ne vend ses chiots aux animaleries!

De plus, l’éleveur qui vous propose un chiot avec ou sans papiers (enregistré ou non) ne respecte pas la Loi Canadienne sur la Généalogie des Animaux. Non seulement il est illégal de proposer un chiot avec ou sans papiers, dans bien des cas c’est aussi la preuve que cet éleveur est un simple producteur et vous n’aurez aucune preuve de la réelle généalogie de votre chien. L’enregistrement d’un chiot coûte en moyenne $50 et ce coût est à la charge de l’éleveur!

Ceci étant dit, pourquoi y a-t-il un plus grand nombre d’abandons en période de déménagement?

Au court des années, beaucoup de propriétaires d’immeubles ont malheureusement loués à des propriétaires de chiens (et de chats) irresponsables. Ces imbéciles refusant d’utiliser une cage, ont laissé un appartement ravagé par leur animal (marques de griffes, mâchouillement, trous, odeurs), ne prennent pas les mesures nécessaires pour éviter les nuisances sonores (hurle ou jappe de longues périodes quotidiennement) ou n’éduquent pas convenablement leur chien. Ces mauvaises expériences, souvent coûteuses pour les propriétaires d’immeubles, ont donné comme résultat cette intolérance du chien en logement locatif. L’irresponsabilité de ces propriétaires de chiens ayant causé un dommage collatéral envers tous les bons propriétaires d’animaux de compagnie, comment rétablir l’équilibre? Peut-on réellement obliger un propriétaire d’immeuble à accepter tous les animaux de compagnie sans restriction? Le locateur peut-il se protéger contre les propriétaires d’animaux irresponsables?

En Europe, il est courant de demander une caution lors de la signature du bail, caution qui est remise lors du départ de locataire si le logement est en bonne condition. Cette pratique est malheureusement considérée abusive et illégale par la Régie du Logement. Admettons que la Loi oblige le locateur à accepter le chien, ça ne rendra pas les irresponsables, responsables.

Dernièrement, j’ai lu sur Facebook que la SPCA de Montréal demandait que la ville oblige l’identification des chiens et des chats par micropuce, ainsi que la stérilisation.

Je suis 100% en accord avec l’obligation d’identifier tous les chiens et chats à l’aide d’une micropuce… SI, et je dis bien SI, un seul registre provincial est créé car actuellement, il existe de nombreux registres différents à travers le Canada et plusieurs chiens identifiés par micropuce ne sont pas retrouvés par leurs propriétaires par manque d’échange entre les registres.

En ce qui concerne la stérilisation obligatoire, là j’ai un bémol. Stériliser obligatoirement l’animal ne responsabilise pas le propriétaire, mais effectivement ça aura un effet positif à long terme sur le nombre de chiots sans papiers produits. Par contre, le revers de la médaille est celui-ci : que faire avec les chiens de race pure placés en famille d’accueil? Sans oublier que des statistiques américaines tendent à prouver que le chiot stérilisé avant la fin de sa croissance osseuse à un plus grand risque de développer un cancer des os…

Revenons aux familles d’accueil. Plusieurs éleveurs professionnels ont des chiens qu’ils utilisent périodiquement pour la reproduction et qui sont hébergés dans des familles québécoises. Par exemple, un chiot mâle non castré est placé en famille. Il demeure la propriété légale de l’éleveur qui en est soit le propriétaire unique, soit le copropriétaire. La famille garde ce chiot comme leur chien de compagnie. L’éleveur sort le chien en exposition pour obtenir son titre de champion et l’utilisera pour reproduction lorsqu’il sera devenu adulte. Si cette famille habite Montréal, qu’arrivera-t-il au chien? Et que faire avec le particulier qui possède un ou deux chiens de race pure et est fan d’expositions? Il présente ses chiens en expo; ils ne doivent donc pas être stérilisés.

Vouloir à tout prix diminuer les abandons en obligeant la stérilisation est non seulement utopique, mais inconstitutionnel. Je me rappelle très bien qu’un avocat de bonne renommée m’avait dit quand j’ai commencé l’élevage qu’une clause obligeant l’acheteur à faire stériliser son chiot était considérée abusive du point de vue juridique et que l’acheteur pouvait la faire annuler par le tribunal.

Au lieu d’argumenter à gauche et à droite sur comment fermer les puppymills; au lieu de tirer la couverture d’un côté et de l’autre; au lieu de crucifier, de juger et de faire de la propagande diffamatoire; ne serait-il pas mieux d’éduquer les propriétaires d’animaux et de les responsabiliser?

Au lieu de vouloir à tout prix contrôler l’élevage de chiens au Québec en proposant de la répression, il aurait été tellement plus simple de faire pression sur le gouvernement pour qu’enfin on mette en place un DEP en élevage canin et félin afin d’effectuer une gestion directement à la base.

Je veux devenir éleveur? Je veux avoir un permis de chenil? Je dois me former et obtenir des diplômes. Peu importe que j’aie une seule femelle ou des dizaines, un éleveur doit posséder les connaissances nécessaires à son métier. On ne s’improvise pas éleveur. L’éleveur doit au minimum connaître l’anatomie, la physiologie, la génétique et les problèmes de santé usuels du chien. Il doit aussi connaître la Loi Fédérale sur la Généalogie des Animaux et reproduire uniquement des animaux de race pure. Je vous rappelle qu’un animal de race pure (chien, chat, vache, cheval…) est un animal possédant un pedigree d’au moins 3 générations et que ce pedigree est reconnu par un registre national canadien. Pour le chien, il existe 3 registres reconnus au Canada dont le Club Canin Canadien et la Fédération Canine du Canada. Pour toutes autres races pures reconnues par la Fédération Cynologique Internationale, mais non reconnues par ces organismes, les chiens doivent être enregistrés aux États-Unis via l’American Kennel Club ou le United Kennel Club, sinon ce ne sont pas des races pures d’un point de vue légal.

Les éleveurs seraient des diplômés reconnus faisant la promotion de leur race(s) et respectant le statut de race pure. Si effectivement toutes les races pures reconnues actuellement ont été d’abord issues de croisements au fil des siècles, une race ne devrait en aucun cas être considérée comme une race pure avec un standard et une reconnaissance avant au minimum 25 ans de travail et de sélection et plusieurs générations. Tant que le statut de race pure n’est pas reconnu, ce croisement demeure un chiens sans papiers et de peu de valeur. Un chien sans papiers possède une valeur marchande très en dessous du chien de race pure.

Et pour conclure, j’aimerais apporter mon point de vue personnel sur la délation, la diffamation et le manque de respect dont sont victimes bien des élevages et/ou éleveurs québécois via les médias sociaux. Il ne se passe pas une semaine sans que je voie apparaître sur Facebook une mise en garde diffamatoire contre tel ou tel élevage/éleveur. Des groupes font même leur apparition pour offrir un supposé répertoire (black list) d’élevages non recommandés. Cette pratique est non seulement illégale (toute forme de nuisance envers la réputation d’une personne est punissable par la Loi), mais elle est souvent fondée sur une simple vendetta.

Un client insatisfait, un compétiteur jaloux ou frustré, et hop une rumeur pointe. Cette rumeur prend de l’ampleur et fait le tour des médias sociaux. Photos et vidéos falsifiés peuvent aussi appuyer ces rumeurs. TOUT peut être truqué avec un bon logiciel!!!! Le but, détruire la réputation d’un tiers par la propagande négative.

Méfiez-vous de la propagande sur les médias sociaux. Allez directement à source et visitez l’élevage avant de juger et de condamner. Soyez responsable et forgez votre propre opinion. Ne laissez pas les autres vous dicter votre conduite. Ne participez pas à la propagande en diffusant ces messages haineux. C’est aussi ça la responsabilisation.

Sauvons tel ou tel chien!!!

Que dire des « binneries » de sauvetage de chiens si nombreux sur les médias sociaux? Quelle connaissance doit-on avoir pour ouvrir un refuge ou un rescue? Aimez les chiens est-il la seule exigence? Pourquoi se battent-ils entre eux ? Pourquoi un organisme (refuge ou rescue) fait-il de la propagande négative contre un autre organisme de secours animalier????

Quelle est la différence entre SPA et SPCA? Pourquoi cette différence? N’importe qui peut s’improviser « sauveur » de chiens ou de chats en refuge privé? Quel est le contrôle de ces organismes? Les uns parlent contre les autres. Les uns volent les animaux des autres. Bref, c’est l’anarchie totale dans ce domaine!

Comment se fait-il qu’un refuge soit autorisé à faire de l’élevage? C’est tellement facile de prétendre qu’une femelle gestante a été trouvée et que les chiots ou chatons doivent trouver une famille! Dans bien des cas, ces femelles font partie du cheptel d’élevage de refuge!!!!

La pression publique faite auprès du MAPAQ a fait bouger des choses, mais pas nécessairement dans la bonne direction…

Amoureux du chien… ou extrémistes?